Maryam Goormaghtigh, réalisatrice d’Avant la fin de l’été

Parlez-nous d’abord de vous et de votre parcours de réalisatrice

Je suis sortie en 2006 de l’INSAS, à Bruxelles, où j’ai étudié la réalisation. Depuis, j’ai réalisé plusieurs courts et moyens métrages dont Bibeleskaes (26’) et Le fantôme de Jenny M (55’), tous deux sélectionnés au festival Visions du Réel de Nyon. Puis, j’ai collaboré pendant deux ans à la revue documentaire Cut Up d’Arte en réalisant plusieurs court-métrages ainsi qu’au web-documentaire Code barre (Fipa d’or 2012 à Biarritz). Plus récemment, j’ai réalisé en collaboration avec Sidonie Garnier une série documentaire Fashion Geek (Arte créative, 2017). Avant La Fin de l’été,  est mon premier long-métrage sorti en salles et qui a été présenté à Cannes dans la sélection ACID, puis à Karlovy Vary, au BFI et dans de nombreux festivals.

 

Avant la fin de l’été est une chronique de vacances, drôle, tendre, douce et mélancolique. On y parle de racines mais aussi de déracinement. Cela sonne d’autant plus vrai quand on sait que vous êtes de nationalité suisse, française, belge et iranienne d’origine par votre mère. Est-ce que ce mélange culturel influence votre travail en tant que cinéaste?

Pour ce film je pense que oui, parce que je l’ai initié suite à un besoin de renouer avec la culture iranienne que je ne connaissais pas bien. Je suis née et j’ai grandi en Suisse et on ne m’a pas transmis la langue persane. J’ai commencé à prendre des cours de persan à l’INALCO à Paris et c’est un peu en empruntant cette voie là que j’ai rencontré mes trois personnages. Je les ai entendus parler persan dans un bar à Paris et on a sympathisé. Il s’agit d’une rencontre assez chaleureuse. Ma caméra est devenue petit à petit incontournable lors de nos rendez-vous. J’ai commencé très vite à les filmer et cela pendant quatre ans. Le film s’est fait en très peu de temps, : il a été tourné en deux, trois semaines mais en réalité j’ai filmé ces personnages pendant trois, quatre ans.

 

Vous signez ici votre premier long-métrage, dans un mélange entre documentaire et fiction; sans scénario précis, sans dialogue et sans découpage. Vous vous êtes, en quelque sorte, emparé du réel en le manipulant et en provoquant certaines situations. Comment avez-vous réellement construit ce film ?

Pendant toutes ces années durant lesquelles nous nous sommes fréquentés, je les ai filmés un peu de manière documentaire. Je leur ai posé beaucoup de questions sur leur parcours de vie, leur passé en Iran. Je les ai filmés et après, j’ai utilisé ce matériel pour « écrire » le film. Je savais à peu près ce que je voulais raconter, mais sans savoir quelle forme cela allait prendre. Tout ce que je filme, c’est le réel, c’est spontané. Ils prennent en stop deux musiciennes mais ils ne les connaissaient absolument pas. J’ai organisé cette rencontre mais je ne l’ai pas mise en scène, ni dirigée. Nous nous sommes laissés porter par le jeu et ils m’ont offert un terrain énorme où improviser avec le réel et même parfois le provoquer. Après, je pense que je ne me suis jamais vraiment posée la question du documentaire ou de la fiction. J’ai fait un film, voilà tout! L’idée était avant tout de vivre une aventure, une expérience, avec le secret espoir de pouvoir retenir notre ami en France en le faisant changer d’avis.

 

Le film est une ode à l’amitié qui raconte aussi en filigrane la mélancolie, l’exil, la séparation et la difficile insertion dans une culture qui n’est pas la sienne. Partagez-vous cette mélancolie? 

Oui mais mon but n’était pas de réaliser un film-sujet sur l’exil ou la migration. Le désir de cinéma pour moi ne vient pas d’un sujet à traiter mais d’ailleurs. Il se trouve que j’ai eu le coup de foudre pour trois hommes que je trouvais être des personnages de comédie, et qui par ailleurs, étaient travaillés par des problématiques graves que connaît toute personne déplacée. Plus que parler de migration, le film parle avant tout de l’amitié et de l’entre-deux dans lequel se situent Arash, Ashkan et Hossein quelque part au milieu d’un long processus d’adaptation. C’était important de donner à voir ces personnes-là autrement que comme des étrangers avec le tampon « migrants » sur le front. Ce sont des jeunes auxquels on peut totalement s’identifier avec leurs problèmes d’amour et de drague. Quant à la mélancolie, la nostalgie, elle est propre à la culture iranienne je crois. 

 

Cette année Cinéalma accorde une attention particulière à la femme méditerranéenne. Qu’elle est la place de la femme dans « Avant la fin de l’été » et que représente-elle dans vos réalisations cinématographiques ? 

Pour ce film, elle est au coeur de l’aventure cinématographique puisque nous nous sommes lancés sur les routes à sa recherche, avec l’intime conviction que seule une histoire d’amour pourrait retenir notre ami Arash en France.

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