L’INTRUSA, de LEONARDO DI COSTANZO- NOTE DU RÉALISATEUR

SYNOPSIS

Banlieue de Naples. Giovanna dirige bénévolement un centre d’accueil pour enfants dans un quartier populaire, véritable rempart contre la mainmise de la mafia. Un jour, la jeune Maria, épouse d’un criminel de la Camorra en fuite, vient s’installer avec ses deux enfants dans un baraquement du centre avec l’accord de Giovanna. L’hospitalité qui lui est accordée met la communauté en émoi. Au pied du mur, Giovanna va devoir faire un choix qui pourrait remettre en cause le sens même de son travail.

NOTE DU RÉALISATEUR

Je me suis souvent intéressé aux gens qui vouent leur vie à la médiation sociale. Plus précisément à ces gens qui, de par l’endroit où ils vivent, o rent un point de vue pri- vilégié pour raconter un quartier, une ville ou une société dans un contexte historique particulier : un professeur d’école dans une banlieue délabrée (UN CAS D’ÉCOLE), un maire qui veut rétablir l’état de droit dans une ville dominée par le tra c ma eux (EN QUÊTE D’ÉTAT).

Au cœur de L’INTRUSA, on trouve quelques-uns des «héros» des temps modernes. Des gens dont, selon moi, on ne parle pas assez, eu égard à leur importance sociale et aux problématiques auxquelles ils se confrontent. Des gens qui, en raison de leurs convictions politiques, religieuses ou simplement humanistes, décident de dédier leur vie à une cause sociale. Ils ont à faire avec les pauvres, les déclassés de nos banlieues où le crime organisé est quasi institutionnalisé. Je ne parle pas de ce que les économistes appellent le «secteur solidaire» où, malheureusement, la logique entrepreneuriale prévaut de plus en plus. Ce qui est intéressant, ici, c’est le système de valeurs du bénévolat, de groupes formés de façon spontanée – dans la plupart des cas –, souvent autofinancés et nés d’une forte motivation personnelle.

En plus d’un intérêt sociologique, ce sont les potentiels narratifs que ces réalités re- cèlent qui m’attirent. Parce que c’est dans ces contextes qu’une idée de société peut s’inventer, ou davantage encore : une idée de l’Homme. J’ai l’impression d’y trouver les éléments narratifs classiques : le héros, les obstacles qu’il rencontre, la communauté, le conflit moral. Le scénario a été écrit au cours d’une longue période de recherches, d’observations et de rencontres avec les personnes et les groupes qui travaillent dans le centre de Naples et dans sa périphérie, là où se déroule l’histoire.

Ce qui est raconté dans le film s’inspire d’événements qui, pour partie, ont réellement eu lieu : Giovanna a créé un centre communautaire récréatif dont elle est une gure clé, qui s’occupe d’enfants en danger. C’est en fait plus que ça : un refuge, une alternative à la logique ma euse du quartier. Un endroit où on essaie de prouver que des formes de coexistence échappant à l’oppression et à la violence ma euses sont possibles dans ce quartier aussi. Un îlot où règnent la solidarité, le partage, le respect mutuel, où l’espoir d’une autre vie renaît.

Dans ces « zones frontières », les gens ne cessent d’expérimenter de nouvelles formes de cohabitation. Les limitations, qui par- tout ailleurs séparent ce qui est rejeté de ce qui est bien accueilli, ce qui est acceptable de ce qui ne l’est pas, y sont sans arrêt déplacées, ajustées. On se heurte toutefois souvent à des résistances qui, si elles ne sont pas justifiables, peuvent du moins se comprendre.

L’INTRUSA est un film dans lequel la Camorra est présente, mais ce n’est pas un film sur la Camorra. C’est un film sur ceux qui vivent avec elle jour après jour, sur ceux qui, jour après jour, essaient de lui prendre du terrain, de rallier des gens à leur cause, de parvenir à un consensus so- cial sans pour autant être juge ou policier.

C’est une histoire qui raconte la difficulté à trouver la juste mesure entre la peur et l’acceptation, la tolérance et la fermeté. Une histoire qui aujourd’hui, je crois, peut aussi interpeler ceux qui ne connaissent pas la Camorra, mais qui vivent d’autres formes de cohabitation avec la peur et la mé ance. L’« Autre », l’élément étranger qu’on perçoit immédiatement comme dangereux, voilà, me semble-t-il, un thème particulièrement présent dans les temps que nous traversons.

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